Laurence Parisot, le sexisme ordinaire recule même dans les médias
Pour la première fois, une femme vient d’être élue à la tête du patronat français. Concert de louanges dans les médias : une femme à de si hautes responsabilités… Il est politiquement correct de s’en réjouir. Tant mieux. Même si perce une pointe de mépris dans la bouche de quelques patrons sur fond de « tant pis si c’est une femme, l’essentiel est qu’elle soit compétente… », point de propos ouvertement misogynes, ni même trop paternalistes. La patronne des patrons en impose.
Contrairement aux constats faits par l’Association des femmes journalistes à chaque fois que la presse parle d’une « femme de pouvoir », les portraits de Laurence Parisot ne sont pas dominés par l’aspect physique de la dame, ni par sa situation matrimoniale ou familiale. Notons aussi l’absence de ces remarques désobligeantes qui rappellent souvent en creux, ou parfois explicitement, qu’une femme sans enfant n’est pas une vraie femme (Un coup bas de ce type était porté à Michèle Alliot-Marie dans un portrait diffusé récemment dans « envoyé spécial » sur France 2). Point de cela avec Laurence Parisot. La presse se concentre sur son élection, son passé de chef d’entreprise ou ses projets.
Citons tout de même quelques petits dérapages qui nous rappellent que, pour être patronne des patrons, Laurence Parisot n’en est pas moins une femme et, par conséquent une incongruité en terrain masculin. Ici ou là fleurissent de petites phrases sibyllines qui rappellent implicitement qu’une femme est plus attendue pour son aspect décoratif, fragile, donc non décisionnaire que pour prendre le pouvoir.
- « L'apparence - frêle - tranche avec la détermination - palpable. Cheveu blond vénitien, oeil bleu, Laurence Parisot,… nous dit l’AFP
- « Une femme de pouvoir et de réseau » dit France Inter. Quel est l’intérêt de cette phrase ? l’aurait-on prononcée pour un homme ? N’est-il pas évident qu'il faut posséder ces qualités pour prendre la tête du Medef ?
- Dans les pages saumon du figaro, une phrase en exergue d’un article intitulé « L’élection triomphale de Laurence Parisot » cite : « Pas de boucles d’oreilles, un maquillage léger.. Elle soigne son image de jeune femme dynamique et sportive ». Puis un portrait d’elle est intitulé « Une fausse chétive » et décrit « Frêle et menue, un teint pâle qu ‘égalent deux yeux bleus et des cheveux roux coupés courts, à la sportive… » On parle d’ une actrice ou de la patronne des patrons ? Mais pour être tout à fait juste soulignons que dans le même article, l’un des concurrents de Laurence Parisot est décrit en ces termes : « costume sombre, cravate bleue, le cheveux rare sur le sommet du crane… »
Citons dans le versant positif des portraits de remarquables métaphores et comparaisons comme « une formule 1 au Medef » dans la Tribune qui brosse le portrait d’une battante sans trouver cela incongru. Le quotidien économique se fait même un brin persifleur en concluant par ces mots : « Bref, après la Rolls Royce, une formule 1 arrive au Medef. »
Les Echos lui trouvent un côté « Sagan » dans un portrait publié le mercredi 6 Juillet. Puis, la chronique de Favilla, le 8 juillet, souligne le fait que l’accession des femmes aux postes à responsabilité « modifie dans un sens plus convivial les relations sociales et professionnelles » avant de dire que la partie ne sera pas facile pour cette femme qui dérange l’ordre masculin établi.
Bravo la presse !
Sommes-nous en train s’assister à une réelle évolution des mœurs ou à un état de grâce passager ? Sans jouer les oiseaux de mauvais augure, souvenons-nous que les erreurs des « femmes de pouvoir » sont toujours critiquées bien plus férocement que celles des hommes et que les éloges se gagnent bien plus durement. Restons vigilantes pour que le rose de cette élection ne vire pas au gris.
Isabelle
