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Portrait : Madame plus

Armelle Carminati-Rabasse, 44 ans, vice-présidente « Engagement et Diversité » d’Accenture France, est la première femme à y avoir été nommée associée. Elle dirige le réseau Accent sur Elles depuis 2001 (550 membres) pour promouvoir la carrière des femmes. Mère de trois filles, elle avoue sans complexes, savourer le temps qu’elle ne passe pas en famille

Armelle Carminati-Rabasse se définit comme une « Madame plus », indépendante, « limite rebelle », stimulée par le mouvement et détestant l’immobilisme. Diplômée de Centrale (Lyon), elle intègre Accenture France en 1986 et connaît une ascension rapide. Pour se vieillir, elle adopte un look sévère : grosses lunettes d’écailles, tailleurs stricts. Très vite, elle comprend que ce sont ses patrons qui ont le plus de liberté. « L’enjeu, c’est de monter, pour la liberté que cela procure et non pas pour décrocher la timbale. A chaque fois que j’ai gravi une marche, j’ai pensé : quelle est la prochaine étape ? » Parcours sans embûche donc jusqu’au jour où elle annonce à son chef qu’elle est enceinte. Sa réaction la glace : « Il m’a félicité pour les moments merveilleux que j’allais vivre tout en me disant : « vous pensez que vous allez retravailler mais vous ne savez pas ce que vous dites, vous allez voir... Et, on ne sait pas ce que vous allez donner à votre retour… » C’était dit d’une façon très paternelle, protectrice… C’est le premier mur que j’ai rencontré. C’était une incompréhension totale pour moi. »

Une mère perd-elle vraiment 10 % de ses neurones ?

Dans une entreprise de service clients où la dévotion à la cause est la règle et les horaires « esclavasigeants », la maternité est considérée comme un parasite susceptible de nuire à l’excellence du service. « Une mère perdrait 10 % de ses neurones et de sa motivation… » Et le modèle familial dominant est : « quatre enfants, une grande maison dans l’ouest parisien, une femme au foyer qui fait du networking pour Monsieur, côtoie les autres épouses… J’étais hors de leur schéma mental. » Aujourd’hui encore, c’est toujours ce modèle qui prévaut à Accenture malgré l’arrivée d’une génération de jeunes hommes mariés à des femmes actives. Ils imposeront probablement un nouveau modèle, quand ils auront le pouvoir. En attendant, Armelle est une pionnière car elle est la première femme de son entreprise à avoir percé le plafond de verre.

Mon cher, mais comment faites vous ?

Ce qu’Armelle supporte le moins, ce sont certaines remarques que les associés d’Accenture font à son mari, du type « mon cher, mais comment faites-vous ? » Sous-entendu avec une femme qui travaille autant... « J’arrive à avoir de la distance sur beaucoup de choses mais pas sur celle là. » Son mari qui est chef d’une entreprise cotée en bourse joue le jeu des mondanités quand cela est nécessaire, « même s’il s’ennuie à mourir dans ces dîners où ses interlocuteurs sont les femmes de… »

Côté équilibre vie privée-vie professionnelle, Armelle aime « cette jonglerie permanente » qui lui correspond bien car elle étouffe dans les organisations normées. « En quantité horaire, je fréquente mes enfants et mon mari beaucoup moins qu’une femme normale et j’en suis heureuse. Ce temps que je ne passe pas avec eux me rend heureuse… » Sur l’éternelle question de la culpabilité, Armelle a trouvé une parade : « je demande à mes enfants si, quand elles sont à l’école et qu’elles s’éclatent avec leurs copines, elles culpabilisent de m’avoir laissé seule ? »

Je ne dis plus : je suis pas féministe, mais…

Depuis qu’elle dirige le réseau Accent sur elles, Armelle a évolué sur la question des femmes. « Je ne commence plus mes phrases par « je ne suis pas féministe mais… » et j’ai une démarche plus féministe qu’avant. » Elle qui n’était pas une militante, c’est une fois qu’elle a été nommée associée, qu’elle s’est dit : « mince alors ! Et les autres ? » Et de se réjouir de la progression de 0 à 9 % de cadres dirigeants femmes chez Accenture France en cinq ans et une hausse de 5 % du nombre de managers femmes en trois ans. Sans oublier un comité de direction mixte avec deux vice-présidentes et deux vice-présidents autour du président. « Un vrai succès. » Surtout pour l’entreprise car Armelle constate que les femmes apportent une valeur ajoutée. « Elles ne sont pas meilleures, elles sont différentes. C’est culturel. En France, on éduque différemment les petites filles et les petits garçons. Donc, on ne joue pas les mêmes jeux en entreprise. Mère de trois filles, cela m’a fait du bien de travailler sur le sujet. »

Mais maman, quand c’est sérieux, ils mettent un homme !

A l’époque des élections cantonales, une de ses filles, alors en maternelle, lui dit : « de toutes façons, les femmes ne gagneront pas. Ce sont les hommes qui commandent. Dans mon école, c’est une directrice. Mais en primaire, c’est un directeur. Quand c’est sérieux, ils mettent un homme… » De quoi lui donner encore plus envie d’accélérer le processus de la mixité au pouvoir. « Je crois beaucoup au networking, au coaching et à la communication. Il faut mettre en avant des modèles de femmes au pouvoir et montrer qu’elles y prennent du plaisir. Faire comprendre les règles, le moins tard possible, à celles qui veulent des jobs à responsabilité, pour qu’elles ne restent pas naïves trop longtemps. » Et bien sûr, les entreprises doivent jouer le jeu. « La mixité est un sujet de société et les talents se font plus rares. Donc les dirigeants éclairés ont tout intérêt à la soutenir. Et je mets au défi toute organisation qui a un nombre significatif de femmes, de démontrer que cela ait dégradé la valeur de leur entreprise. » Un de ses souhaits est d’ailleurs de mesurer la valeur ajoutée des femmes. « Je lance un appel au peuple ! »

Sandra Battle

Bientôt 50 % de femmes chez Areva.

Anne Lauvergeon, la « femme la plus puissante du monde » ainsi que l’affirme le magazine américain Fortune, ne manque pas d’ambition ! Areva, le groupe nucléaire public qu’elle dirige, s’est fixé pour objectif de recruter 50% de femmes d'ici 2007, "tous emplois confondus" et de recruter cette année 100 jeunes issus des quartiers défavorisés. Actuellement, le groupe emploie moins de 20% de femmes.

Romano Prodi : promesses non tenues pour les femmes

Avec six femmes ministres dans son gouvernement, le nouveau chef du gouvernement italien Romano Prodi est en-deçà de ses promesses électorales. Même s’il fait mieux que Silvio Berlusconi dans un pays aux instances dirigeantes encore largement masculines.. Livia Turco, Linda Lanzillotta, Emma Bonino, Barbara Pollastrini, Rosy Bindi, Giovanna Melandri: les  femmes ministres choisies par le leader du centre-gauche vont donner du rose à l'exécutif italien. Romano Prodi devait accorder "au moins" un poste sur trois à des femmes. Mais avec six portefeuilles sur 25, Il en est loin

Economie : subst. fém.

Oui, et pas seulement pour la grammaire, l'économie est de plus en plus un substantif féminin.  L'hebdomadaire britannique (mais à lectorat américain) The Economist a consacré le 15 avril dernier un passionant dossier, intitulé "A Guide to Womenomics", ainsi qu'un éditorial (voir précédent billet) à la place grandissante des femmes dans l'économie mondiale. Au moins cette fois-ci, les formules imagées et percutantes qui sont la marque de fabrique de cette publication, vont droit au coeur.

En français : Download economie_substantif_fminin.pdf

Texte original en anglais :Download womenomics__texte_original_.pdf

The Economist du 15 avril 2006 - Editorial (traduction)

De l'importance du sexe.
Editorial de The Economist du 15 avril 2006.

Oublions la Chine, l'Inde et Internet. Ce sont les femmes qui mènent la croissance économique. Même dans les pays les plus développés, des études montrent que les ménages préfèrent encore de nos jours donner naissance à un garçon plutôt qu'à une fille. Traditionnellement, cela vient de ce qu'un garçon est généralement perçu comme devant être, économiquement, un meilleur soutien de famille pour les vieux jours de ses parents. Il est grand temps de revenir sur ces préjugés : les filles pourraient bien, déjà, être devenues un meilleur investissement que les garçons (...)

Pour lire la suite : Download de_l_importance_du_sexe_editorial_de_the_economist_15_avril_2006.pdf

1er Article

.... et le text!

Education Nationale : Où sont les femmes ?

Le constat est connu : les femmes forment le gros des troupes de profs. Comme il y a dix ans déjà, selon une récente étude du ministère, l'Éducation nationale compte ainsi presque deux tiers d'agents féminins. Ces dernières représentent exactement 64,5% du total, soit environ 7% de l'ensemble de la population active féminine. Pour autant, la rue de Grenelle ne brille pas par sa politique en matière de parité aux postes les plus élevés de la hiérarchie. Exemple : si près de 80% des professeurs des écoles sont des femmes, elles ne sont que 17% parmi les professeurs d'université.

De même, les femmes n'occupent que 20% des postes d'encadrement supérieur et y accèdent en moyenne plus tard que leurs collègues masculins. Seuls trois des trente et un recteurs d'académie sont des femmes et on ne compte que trois "directrices" d'administration centrale. Difficile pourtant, dans cette administration, de mettre en avant le manque de candidates pour expliquer le phénomène.

changer la gauche... Sans les femmes. ça promet !

Ils osent parler de renouveau ! Cette semaine, le très progressiste Nouvel Observateur nous vend une couverture pleine de promesses : "ces nouveaux intellos qui veulent changer la gauche". Et les auto-proclamés nouveaux intellos d'être présentés sur la couv puis dans les pages intérieures : Bruno, Eric, Yves, Martin.... Pas une femme. Pourtant, Dominique Meda vient de sortir l'excellent "Faut-il brûler le modèle social français ?"(Seuil). Marie Duru-Bella participe à la rédaction de "la nouvelle critique sociale" (Seuil)... Les universités sont pleines de femmes talentueuses. Tout cela est rageant ! D'autant que, les intellos en question organisent leur colloque fondateur à Grenoble ce week end. Parmi les organisateurs , il n'y a que des hommes à l'exception notable de l'excellente attachée de presse Séverine Roscot.

Ajoutons, pour achever ce pitoyable tableau, que la couv du Nouvel obs consacre un sujet à Almodovar intitulé "tout sur mes femmes". Un défilé de mères, grand-mères, amantes, filles. Les femmes peuvent être objet des pensées des hommes mais pas sujets et auteures de la pensée collective. Un cinéaste peut les sublimer mais elles ne peuvent pas régénérer la pensée de gauche (ou d'ailleurs). Un rapt de la parole des femmes qui participe de ce que Bourdieu appelait "la soumission enchantée des femmes". (Pardon de citer encore un homme, mais il est toujours savoureux qu'un homme dénonce le sexisme de même qu'il est considéré comme normal et banal qu'un blanc dénonce le racisme). IG