"C'était
une fille bien, elle aimait la vie, elle aimait danser, elle rigolait tout le
temps" disent ses amies à l’AFP. Le premier juillet dernier,
quartier de la Saulaie à Oullins dans la banlieue de Lyon, d'où
elle était originaire, Fatima, 22 ans, a été tuée avant d'être brûlée dans une
cave. L’auteur du crime serait son frère de 17 ans qui n’aurait pas supporté
que sa sœur soit libre de choisir sa vie. « Elle avait un fiancé, elle
avait trouvé un travail » dit une amie.
Un crime
sexiste, pas religieux
Le 10
juillet, une marche silencieuse a été organisée dans le quartier par ses
copines. Une seule personnalité s’est déplacée : Sihem Habchi, la
présidente du mouvement Ni putes ni soumises (NPNS), qui explique à l'AFP
qu'"être une femme libre dans ce pays, c'est difficile, et que Fatima en a
payé le prix". Ni le maire de la ville, ni aucun ministre ne s’est déplacé pour condamner haut et fort ce nouveau triste
crime sexiste. Ignorance, mépris ou peur de stigmatiser les quartiers et
les musulmans ? La loi du silence s’applique. Pourtant la religion n’a
aucun rapport avec ce crime. Pourquoi n’y a -t-il aucune voix officielle,
aucune autorité pour le dire ? Le père de la victime, et du probable
assassin, malgré sa douleur, fait preuve d’une belle lucidité. Il explique dans
« le Progrès.fr » « Notre religion c'est le contraire
de la haine », son fils n’était pas pratiquant : « Il ne faisait jamais de
prière ! » Il se demande s’il n’a pas été influencé par les rumeurs, ceux qui
les colportent et condamnent les filles libres.
Un appel à
la responsabilité, pas à la censure.
Et pendant
ce temps, Orelsan passe pour un martyr parce que les Francofolies de la
Rochelle ne veulent plus l’accueillir. Attention : ce n’est pas une
censure. Les fonds publics ne lui offrent pas cette scène. C’est tout. Depuis
deux ans, plusieurs de ses videos circulent sur le net proférant des propos
d’une violence insoutenable envers les filles. Avec la menace : je vais te
Marietrintigner, histoire de banaliser cette violence. Lorsque ce chanteur
jusque là inconnu, a été porté aux nues par la critique et les organisateurs de
festivals qui l’invitaient, des associations de citoyens ont réagi. Il
s’agissait de refuser cette banalisation de la violence envers les filles et
d’empêcher qu’elle ne soit une norme pour les jeunes. Message mal interprété.
Une majorité de responsables politiques et culturels se sont drapés dans leur
rôle de défenseurs de la liberté d’expression. La liberté d’expression des
défenseurs des filles, elle, a été bafouée. Il n'ont pas pu rappeler quelques repères élémentaires de respect des filles.
« Je déchirerai les rires Banania sur tous les murs de France »,
enrageait Léopold Sédar Senghor dans son recueil Hosties noires (1940). Pour lui le lien entre la diffusion d'une culture raciste et les actes racistes étaient évidents. Il a fallu batailler pour faire entendre une autre voix que celle du consensus raciste. Combien de temps faudra-t-il pour que nos élites politiques et culturelles dénoncent les propos sexistes au lieu de les subventionner au nom de la liberté d'expression ?
Chanter la
haine des femmes, ou traiter en fait divers un crime machiste sont deux
violences symboliques. Et la violence symbolique précède la violence tout
court. Fatima ne dansera plus, ne rira plus, c’est un fait divers, circulez.
Orelsan fait sa pub sur la haine. Une partie du microcosme culturel et
politique le soutient.