« ...même pas mâle ! La révolution clandestine. » Isabelle Alonso, Robert Laffont
C’est du Isabelle Alonso tout cru et grand cru : drôle, pertinent, impertinent et profond à la fois ce qui est plutôt rare par les temps qui courent. « La révolution clandestine » qu’elle décrit est le « coming out des femmes en tant qu’être humains » qui souhaitent exercer leurs droits à l’égalité dans tous les domaines. Une révolution qui est laborieuse, nous venons de si loin : « nous sommes féministes parce que le monde est patriarcal ». Une révolution perturbante qui chamboule évidemment : car quand les femmes changent de place tout change de place. Elle souligne que les hommes féministes sont plus nombreux dans la société civile que dans la classe politique, qu’il y a parmi les hommes d’ardents défenseurs de la cause des femmes et parmi les femmes certaines qui préfèrent le camp des dominants : « à court terme c’est moins risqué, mieux chauffé et mieux payé ». Aucune formule n’est gratuite et elles font toutes mouche. Annie Batlle.
« Ces Filles sympas qui sabotent leur carrière » Lois Frankel. Pearson.
Les filles sympas s’installent rarement dans le fauteuil de PDG. Consciencieuses efficaces, travailleuses, souriantes, toujours soucieuses de bien faire, les femmes sont les grandes oubliées des promotions pendant que les hommes jouent le combat de place. Dans cette deuxième édition Lois Frankel dresse avec pédagogie la liste des 101 pièges à éviter. Des petits et des gros : se faire appeler par son surnom ou par son prénom, se tuer au travail, refuser les missions exigeantes, nourrir les autres… Un inventaire des stéréotypes féminins. Seul bémol : le livre suggère que les femmes seules doivent se remettre en question, pas l’organisation. Pas évident. Elles ont été éduquées pour se dévouer aux autres et attendre le prince, l’homme, le patron, la promotion, tandis que les garçons apprenaient à combattre les méchants. Et puis les entreprises ne seraient-elles pas mieux gérées si elles adoptaient au plus haut niveau les qualités que l’on inculque aux femmes ? IG
"Womenomics. La croissance dépend aussi des femmes..." Avivah Wittenberg-Cox et Alison Maitland. Eyrolles.
Ce n’est pas la méthode Coué, c’est une réalité : les femmes assurent et assureront une bonne part de la croissance économique. Parce qu’elles décident de la plupart des achats des ménages. Et parce que, réussissant mieux que les hommes dans les études, elles devraient mieux réussir à développer les entreprises. Oui mais… L’entreprise est habitée par une forte culture masculine. Le marketing obéit à l’idée que les dirigeants se font des femmes, les leurs, en général sans emploi et entièrement dévouées à leur foyer. Le management obéit à des valeurs viriles de combat de places, d’agressivité, de dévouement total. Les femmes ne sont toujours pas bienvenues dans cet univers, sauf à se comporter comme des mâles. Et si elles le font, elles sont marginalisées car en perte de féminité. Pile, je perds, face je ne gagne pas. Mais l’entreprise ne gagne pas non plus. Elle se prive d’importants gisements de business en oubliant que les femmes ne peuvent pas se conformer aux règles masculines. Comment par exemple faire partie des viviers de hauts potentiels si ces viviers limitent leurs recrues aux 30 / 35 ans, âge auquel les femmes font des enfants. Il est temps que l’entreprise développe une double culture masculine et féminine, un bilinguisme très bien expliqué dans cet ouvrage.
IG .
Inhabituel, dans « du rose dans le gris » d’évoquer un roman ! Et pourtant, nous le ferons. Parce que ce dernier épisode de la « trilogie autobiographique » d’Alexandre Jardin rend hommage aux femmes qui osent inventer une nouvelle vie, sortir des frontières qui leur étaient tracées. Ces femmes truculentes sont autant de « tremplins vers le fabuleux ». Pourtant, a priori, le titre pouvait faire peur : encore un romancier qui allait sublimer les femmes pour mieux les enfermer dans un rôle de plante verte. C’est exactement le contraire ! Chaque personnage donne envie de changer le monde. Un roman à savourer et à garder près de soi en cas de coup de cafard lorsqu’on cherche à infuser plus de rose dans le gris. IG
« Chaque femme est un roman » Alexandre Jardin, Grasset 324 pages 19,80 euros.