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L'Agefi, un journal pour mecs

Monsieur_nathalie Et que pour mecs, manifestement. Ca n'a pas l'air de les effleurer que certains de leurs abonnés puissent ne pas nécessairement aimer qu'on les appelle "Monsieur", comme en témoigne ce récent mailing de relance, adressé à "Monsieur Nathalie", qui avec ça a véritablement perdu toute envie de se réabonner.

Décidément, il y a des choses qui ne changeront jamais : dans la finance, il n'y a place en France que pour une seule et unique femme, la veuve de Carpentras (et aux Etats-Unis, pour la Tallahassee Widow et, au Japon, pour Mrs Watanabe, etc). NTC

Berlusconi n'aime pas le rose

Berluscon(n)eries : c'est (re)parti !  Avant même d'avoir commencé à gouverner, ce grand ami des femmes a déjà frappé : lors d'une émission radiophonique, il a critiqué le nouveau gouvernement espagnol (9 femmes sur 17  ministres) comme "trop rose" et annoncé qu'il n'aurait que quatre femmes dans son gouvernement à lui.   

Après la tempête de protestations soulevée en Espagne par ces paroles, il a selon son habitude aggravé son cas en déclarant :
1 - que ses propos avaient été mal rapportés (c'était une émission radiophonique... no comment)
2 - qu'il allait "observer attentivement les nouvelles ministres espagnoles".

Nathalie Kosciusko-Morizet, le pouvoir, les femmes et l’opinion

« Sois belle et tais-toi » : ce message subliminal semble se glisser derrière la réaction des ténors de l’UMP à  l’écart de langage de Nathalie Kosciusko-Morizet. La secrétaire d’Etat à l’écologie, qui défendait l’idée saugrenue de tenir les engagements du Grenelle de l’environnement, a bafoué les règles élémentaires de génuflexion politicienne. Elle s’est permis de dénoncer le « concours de lâcheté » de deux grands responsables politiques. Scandale, excuses publiques, punition. Baissez les yeux Madame la Secrétaire d’Etat. La leçon vaut pour toutes les autres.

La mixité du pouvoir politique est décidément une affaire complexe. Pendant des années, les femmes auxquelles on accordait quelques strapontins dans les gouvernements s’appliquaient à se comporter comme des hommes. Tailleur gris, pas un mot plus haut que l’autre, unies comme un seul homme derrière le chef.  Elles étaient là, juste pour dire qu’il y avait des femmes au gouvernement. Pas pour apporter un nouveau souffle à la politique. Et elles étaient priées de libérer le terrain dès qu’un orage se profilait. On se souvient des « Jupettes ».  Puis est venue la loi sur la parité dont l’insuffisance est prouvée aujourd’hui avec le résultat des municipales : 91,5 % des mairies d’agglomérations de plus de 3500 habitants sont tenues par des hommes. Paradoxe, c’est au gouvernement qu’une presque parité est obtenue, par le fait du prince puisque les femmes de l’actuel gouvernement ont été désignées par le Président de la République et le Premier Ministre. Et elles se sont senties pousser des ailes. Les unes affichant leur féminité et leur passion pour la mode comme Rachida Dati. Les autres s’autorisant une liberté de parole mal venue en politique.

Faut-il, pour détenir le pouvoir, se plier aux règles de « l’éternel masculin » ? Occuper le terrain et l’espace vocal, élaborer des stratégies d’alliances, obéir au chef de bande, être agressif... Il semblerait que oui. C’est comme cela qu’on gagne une élection. Et c’est ainsi qu’on garde son poste de ministre. Traduire en acte les idées que l’on défend, affirmer ses convictions semblent être des défauts bien féminins. Inadaptées aux règles de la politique aujourd’hui. Les hommes qui ne se sont pas pliés à ces règles ont été écartés du pouvoir avant d’arriver au sommet

A priori, ces quelques leçons ne sont pas très encourageantes. Les femmes ont du mal à arriver au pouvoir par les voies électorales car elles n’ont pas les qualités masculines requises : disponibilité totale (il leur arrive de faire des enfants et de les élever) et testostérone agressive. Et quand elles arrivent au pouvoir par d’autres voies, elles doivent rentrer dans le rang : défendre le clan qui les a faites reines et non les convictions qui les ont poussées vers le pouvoir.

Seulement voilà, à l’ère du numérique et de la démocratie d’opinion, il semblerait que les choses ne fonctionnent plus tout à fait comme cela. La démocratie d’opinion, c’est la démocratie via les sondages et les débats sur la Toile, par opposition à la démocratie représentative que la plupart des intellectuels français regrettent. Certes, la démocratie d’opinion peut être dangereuse dès qu’un risque de manipulation se profile mais elle peut aussi donner quelques enseignements. Au lendemain de l’incident, un sondage montrait que plus des trois quarts des Français soutenaient Nathalie Kosciusko-Morizet.

Les femmes du gouvernement ouvrent une brèche féminine dans le pouvoir mâle, les Français semblent les encourager. Ça mérite peut-être réflexion. Et si, tout simplement, ils appréciaient que ces femmes changent les règles non écrites de la politique ? Ce sondage livre peut-être un autre message subliminal aux femmes ministres : ne vous taisez pas, la politique n’en sera que plus belle.

Isabelle Germain

RGPP : cherchez la femme!

La Revue Générale des Politiques Publiques que mène actuellement le gouvernement va conduire, entre autres, à la disparition d'une direction d'administration centrale sur deux. Plus généralement, cette entreprise sans égale jusqu'à présent de réforme l'Etat va conduire à renommer tous les directeurs d'administration centrale, les chefs de service et les sous-directeurs et, bien sûr, l'intégralité des chefs de services sur le terrain. Ce mouvement de nominations historique est une occasion sans précédent de féminiser l'encadrement supérieur et dirigeant de l'Etat. Le vivier existe, il suffit de consulter les statistiques fort bien faites de la Fonction Publique.

Or, au regard des premières nominations déjà prononcées, ce mouvement de "modernisation"  risque fortement de se traduire par une baisse du nombre des femmes occupant des emplois d'encadrement supérieur ou de direction. L'équation bien connue
                                                   moins de postes = moins de femmes
va-t-elle une nouvelle fois se vérifier ?

Bon, restons optimistes, nous vous ferons un bilan avant/après... NTC

Un dessin vaut souvent mieux qu'un long discours

Dessin_hermann_projet_de_cong_paternit_dPublié à l'occasion de discussions en Suisse 
sur l'introduction éventuelle d'un congé paternité
dans les PME, ce dessin de Herrmann, l'incisif
caricaturiste de La Tribune de Genève, va droit à
l'essentiel de la condition féminine en entreprise :

NTC

Laurence Parisot, le sexisme ordinaire recule même dans les médias

Pour la première fois, une femme vient d’être élue à la tête du patronat français. Concert de louanges dans les médias : une femme à de si hautes responsabilités… Il est politiquement correct de s’en réjouir. Tant mieux. Même si perce une pointe de mépris dans la bouche de quelques patrons sur fond de « tant pis si c’est une femme, l’essentiel est qu’elle soit compétente… », point de propos ouvertement misogynes, ni même trop paternalistes. La patronne des patrons en impose.

Contrairement aux constats faits par l’Association des femmes journalistes à chaque fois que la presse parle d’une « femme de pouvoir », les portraits de Laurence Parisot ne sont pas dominés par l’aspect physique de la dame, ni par sa situation matrimoniale ou familiale. Notons aussi l’absence de ces remarques désobligeantes qui rappellent souvent en creux, ou parfois explicitement, qu’une femme sans enfant n’est pas une vraie femme (Un coup bas de ce type était porté à Michèle Alliot-Marie dans un portrait diffusé récemment dans « envoyé spécial » sur France 2). Point de cela avec Laurence Parisot. La presse se concentre sur son élection, son passé de chef d’entreprise ou ses projets.
Citons tout de même quelques petits dérapages qui nous rappellent que, pour être patronne des patrons, Laurence Parisot n’en est pas moins une femme et, par conséquent une incongruité en terrain masculin. Ici ou là fleurissent de petites phrases sibyllines qui rappellent implicitement qu’une femme est plus attendue pour son aspect décoratif, fragile, donc non décisionnaire que pour prendre le pouvoir.
- « L'apparence - frêle - tranche avec la détermination - palpable. Cheveu blond vénitien, oeil bleu, Laurence Parisot,… nous dit l’AFP

- « Une femme de pouvoir et de réseau » dit France Inter. Quel est l’intérêt de cette phrase ? l’aurait-on prononcée pour un homme ? N’est-il pas évident qu'il faut posséder ces qualités pour prendre la tête du Medef ?
- Dans les pages saumon du figaro, une phrase en exergue d’un article intitulé « L’élection triomphale de Laurence Parisot » cite : « Pas de boucles d’oreilles, un maquillage léger.. Elle soigne son image de jeune femme dynamique et sportive ». Puis un portrait d’elle est intitulé « Une fausse chétive » et décrit « Frêle et menue, un teint pâle qu ‘égalent deux yeux bleus et des cheveux roux coupés courts, à la sportive… » On parle d’ une actrice ou de la patronne des patrons ? Mais pour être tout à fait juste soulignons que dans le même article, l’un des concurrents de Laurence Parisot est décrit en ces termes : « costume sombre, cravate bleue, le cheveux rare sur le sommet du crane… »

Citons dans le versant positif des portraits de remarquables métaphores et comparaisons comme « une formule 1 au Medef » dans la Tribune qui brosse le portrait d’une battante sans trouver cela incongru. Le quotidien économique se fait même un brin persifleur en concluant par ces mots : « Bref, après la  Rolls Royce, une formule 1 arrive au Medef. »
Les Echos lui trouvent un côté « Sagan » dans un portrait publié le mercredi 6 Juillet. Puis, la chronique de Favilla, le 8 juillet, souligne le fait que l’accession des femmes aux postes à responsabilité « modifie dans un sens plus convivial les relations sociales et professionnelles » avant de dire que la partie ne sera pas facile pour cette femme qui dérange l’ordre masculin établi.
Bravo la presse !
Sommes-nous en train s’assister à une réelle évolution des mœurs ou à un état de grâce passager ? Sans jouer les oiseaux de mauvais augure, souvenons-nous que les erreurs des « femmes de pouvoir » sont toujours critiquées bien plus férocement que celles des hommes et que les éloges se gagnent bien plus durement. Restons vigilantes pour que le rose de cette élection ne vire pas au gris.

Isabelle