« Sois belle et tais-toi » : ce message subliminal semble se glisser derrière la réaction des ténors de l’UMP à l’écart de langage de Nathalie Kosciusko-Morizet. La secrétaire d’Etat à l’écologie, qui défendait l’idée saugrenue de tenir les engagements du Grenelle de l’environnement, a bafoué les règles élémentaires de génuflexion politicienne. Elle s’est permis de dénoncer le « concours de lâcheté » de deux grands responsables politiques. Scandale, excuses publiques, punition. Baissez les yeux Madame la Secrétaire d’Etat. La leçon vaut pour toutes les autres.
La mixité du pouvoir politique est décidément une affaire complexe. Pendant des années, les femmes auxquelles on accordait quelques strapontins dans les gouvernements s’appliquaient à se comporter comme des hommes. Tailleur gris, pas un mot plus haut que l’autre, unies comme un seul homme derrière le chef. Elles étaient là, juste pour dire qu’il y avait des femmes au gouvernement. Pas pour apporter un nouveau souffle à la politique. Et elles étaient priées de libérer le terrain dès qu’un orage se profilait. On se souvient des « Jupettes ». Puis est venue la loi sur la parité dont l’insuffisance est prouvée aujourd’hui avec le résultat des municipales : 91,5 % des mairies d’agglomérations de plus de 3500 habitants sont tenues par des hommes. Paradoxe, c’est au gouvernement qu’une presque parité est obtenue, par le fait du prince puisque les femmes de l’actuel gouvernement ont été désignées par le Président de la République et le Premier Ministre. Et elles se sont senties pousser des ailes. Les unes affichant leur féminité et leur passion pour la mode comme Rachida Dati. Les autres s’autorisant une liberté de parole mal venue en politique.
Faut-il, pour détenir le pouvoir, se plier aux règles de « l’éternel masculin » ? Occuper le terrain et l’espace vocal, élaborer des stratégies d’alliances, obéir au chef de bande, être agressif... Il semblerait que oui. C’est comme cela qu’on gagne une élection. Et c’est ainsi qu’on garde son poste de ministre. Traduire en acte les idées que l’on défend, affirmer ses convictions semblent être des défauts bien féminins. Inadaptées aux règles de la politique aujourd’hui. Les hommes qui ne se sont pas pliés à ces règles ont été écartés du pouvoir avant d’arriver au sommet
A priori, ces quelques leçons ne sont pas très encourageantes. Les femmes ont du mal à arriver au pouvoir par les voies électorales car elles n’ont pas les qualités masculines requises : disponibilité totale (il leur arrive de faire des enfants et de les élever) et testostérone agressive. Et quand elles arrivent au pouvoir par d’autres voies, elles doivent rentrer dans le rang : défendre le clan qui les a faites reines et non les convictions qui les ont poussées vers le pouvoir.
Seulement voilà, à l’ère du numérique et de la démocratie d’opinion, il semblerait que les choses ne fonctionnent plus tout à fait comme cela. La démocratie d’opinion, c’est la démocratie via les sondages et les débats sur la Toile, par opposition à la démocratie représentative que la plupart des intellectuels français regrettent. Certes, la démocratie d’opinion peut être dangereuse dès qu’un risque de manipulation se profile mais elle peut aussi donner quelques enseignements. Au lendemain de l’incident, un sondage montrait que plus des trois quarts des Français soutenaient Nathalie Kosciusko-Morizet.
Les femmes du gouvernement ouvrent une brèche féminine dans le pouvoir mâle, les Français semblent les encourager. Ça mérite peut-être réflexion. Et si, tout simplement, ils appréciaient que ces femmes changent les règles non écrites de la politique ? Ce sondage livre peut-être un autre message subliminal aux femmes ministres : ne vous taisez pas, la politique n’en sera que plus belle.
Isabelle Germain